Analyse

Chaises musicales des compagnies de bus : qui est qui ?

Chaises musicales des compagnies de bus : qui est qui ?

Rouge, bleu turquoise, rose, bleu roi, jaune, vert, certaines gares routières ont parfois une palette de couleurs en guise de parking. La faute à la diversité des compagnies de bus et on ne va pas s’en plaindre. Souvent plus il y en a et c’est le voyageur qui est gagnant ! Par contre niveau transparence ou informations ce n’est pas trop ça. Voici un petit topo sur les liens entre les différentes compagnies de bus, et de quoi se dépatouiller dans leurs coups de business.

La « loi Macron » et la ruée vers les routes françaises.

L’été 2015 marque une grande révolution dans l’univers de l’autobus. En effet, Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Économie a permis grâce à une loi qui porte par usage son nom la libéralisation du marché d’exploitation de l’autocar. Plus officiellement cela s’inscrit dans la visée d’une loi pour « la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques« , un tournant censé bousculer les habitudes des entreprises, des professionnels, des salariées et aussi (pour ne pas dire surtout) celles des consommateurs.

Dans le concret depuis un an c’est la libéralisation du marché des lignes d’autobus longues distances qui est sous le feu des projecteurs. Puisque il y a encore peu, le secteur était limité par un régime d’autorisations complexes. A titre d’exemple, il était interdit pour un opérateur privé de créer une ligne régulière d’autocar entre deux régions, cela n’était possible que pour des voyages ponctuels et même dans ce cas aucun passager ne pouvait embarquer ou descendre en cours de route. Bref un ensemble de restrictions qui refroidissait les compagnies, aujourd’hui tout ça n’est plus qu’un vilain cauchemar !

L’ancien résident de Bercy a donc permis à la concurrence de se développer dans l’hexagone, et désormais c’est plus de 193 villes qui sont desservies à travers 1105 liaisons domestiques. Un bilan assez prometteur pour la loi qui soufflait sa première bougie en août 2016, et grâce à laquelle le secteur de l’autocar a pu généré 40 millions d’euros sur 11 mois, dont 19 millions d’euros rien que pour le second trimestre 2016, selon le bilan de l’Arafer, le régulateur du rail et de la route. En matière d’emploi, selon les déclarations du gouvernement ce sont 1500 emplois qui ont été créés dans les secteur de transport par autocar, c’est un peu moins pour l’Arafer qui dénombre environs 1200 emplois supplémentaires depuis la libéralisation du marché.

En ce qui concerne les compagnies de bus qui étaient, rappelons dans les starting blocks au lancement de la « loi Macron », cette année a rimé avec guerre des prix ! Billets à 1 €, offres promotionnelles, services de plus en plus confortables pour les voyageurs (wifi, prises électriques, accès multimédia, etc), les compagnies s’adaptent pour attirer un public plus large.

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Le jeu des chaises musicales

Dans cette phase de structuration du marché de l’autobus le combat pour obtenir la plus grosse part du gâteau s’est joué entre 5 compagnies principales courant 2015/2016. Les protagonistes se nomment OUIBUS, FlixBus, isilines, Megabus et Starshipper et proposent des prix attractifs les uns plus que les autres, pour tenter de rafler des usagers et surtout les fidéliser. Une bataille féroce qui s’est soldée en juillet 2016 au passage de 5 à 3 compagnies de bus. FlixBus rachète ainsi une partie de l’activité de Megabus (Europe) et la SNCF sous sa filiale OUIBUS rachète elle Starshipper. Et toutes ces histoires de business et de fusion laissent entrevoir un impact direct pour les passagers.

Car si les bus gardent leur couleur et semble tous différents certains ne font plus qu’un. Pas facile alors de savoir avec qui l’on voyage vraiment et surtout s’y retrouver niveau villes desservies, gares routières, services garantis, etc.

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La grande famille de voyages SNCF

Un peu tendue au lancement de la « loi Macron », la SNCF n’a pas laissé passer l’opportunité de faire partie des gros poissons du transport en autocar en France. Puisque le service routier pallie également le manque de connexions ferroviaires et les prix excessifs dénoncés par les usagers. Qu’à cela tienne, iDBUS lancé en 2012 qui proposait déjà une alternative au train, desservant notamment l’Italie, l’Espagne, la Belgique et Londres et devient OUIBUS en 2015. Et propose grâce à la libéralisation de la « loi Macron » des liaisons dans toutes la France. Une offre qui ne cesse de s’enrichir au fil des mois.

Dans la même perspective en juin dernier le groupe d’établissement public, s’allie à Starshipper officiellement pour 10 ans, renouvelables, au travers de sa filiale SNCF OUIBUS. Cette intégration va permettre à OUIBUS de doubler le nombre de ses destinations desservies principalement dans l’ouest et le sud du pays passant de 150 à 200 autocars, à défaut de créer de nouvelles lignes. En effet, les 32 sociétés du réseau d’autocaristes de Starshipper opéreront sous la marque de OUIBUS à travers un contrat de franchise. Cette première alliance du genre dans le secteur de l’autocar, va ainsi permettre au regroupement de PME d’obtenir une participation de 5 % dans le capital de OUIBUS.

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isilines la filiale Eurolines

Eurolines fait partie du groupe Transdev, un leader des liaisons vers l’international. Avec la loi Macron, la compagnie se lance à la conquête du marché français sous la marque isilines , dans l’espoir de contrecarrer le monopole de la SNCF l’été 2015. A sa création, isilines comptait 17 lignes en France et desservait 50 destinations. Depuis juin 2016, la compagnie compte 29 lignes et environ 850 liaisons.

L’opérateur n’a effectué aucun rachat d’autres compagnies mais a passé un accord avec voyages-sncf.fr pour booster sa rentabilité. En effet, son faible taux de remplissage, ses bas prix, ne permettent pas au réseau de rentrer dans ses frais, comme ses autres concurrents. Pour y pallier la compagnie est depuis mi-juin dernier distribuée sur le site de voyages sncf.com, ainsi les 660 liaisons d’isilines et d’Eurolines seront progressivement intégrés et visibles sur le site du mastodonte du transport.

La seconde étape concerne l’innovation ! Annoncé ce début août par la filiale du groupe Transdev, le paiement en ligne via la monnaie virtuelle bitcoin est en pleine expérimentation, et devient un choix possible lors de l’achat de billets d’autocars sur le site. isilines s’inscrit dans une volonté de se démarquer en devenant la première compagnie de bus française à accepter ce mode de paiement.

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Quand le prodige FlixBus rachète Megabus

FlixBus c’est un peu le bébé prodige allemand. Numéro 1 des compagnies de bus en Allemagne depuis la libéralisation du transport en autocars en 2013 chez nos voisins, la start-up a réussi à s’imposer et même à gagner le marché d’exploitation du pays. En septembre, la compagnie ferroviaire Deutsch Bahn annonçait mettre fin à sa principale filiale d’autocars, une décision qui permettrait donc à Flixbus de détenir 90 % du marché allemand. Dans la floraison de son activité, et attirée par un nouvel assouplissement dans la législation de l’autobus européenne, FlixBus se lance dans le challenge du marché français. Résultat, la compagnie allemande lance en 2015 « Flixbus France » avec une grande particularité qui la différencie de ses concurrents. Elle ne détient pas réellement ses autocars mais travaille en commun avec des autocaristes adhérents qui se doivent de respecter un cahier des charges précis, comme les services proposés à bord des bus. Quant à FlixBus, la société prend en charge la planification du réseau de routes, la commercialisation des billets, sur Internet ou dans des agences près des gares routières, et le service après-vente. Et le système cartonne puisque Flixbus est le leader en Europe et détient 40 % du marché en France, pour lesquels la compagnie affirme en début septembre avoir transporté 2 millions de passagers.

Une croissance qui donne des ailes à la start-up allemande qui rachète une partie de l’activité de son concurrent Megabus en juin dernier. Dans le projet d’avenir et par le biais d’un contrat de sous-traitance, FlixBus exploitait le site internet, la plate-forme technologique, la marque, le nom et le fichier clientèle des routes d’Europe continentale sur lesquelles la compagnie britannique est implantée. Malheureusement les noces n’ont pas duré pour ce ménage. Quelques mois après ce rachat, le leader européen FlixBus déclare vouloir cesser la sous-traitance avec l’opérateur Megabus, préférant ainsi faire appel à ses autres sous-traitants locaux.

Pour rappel Megabus est une société britannique filiale du groupe Stagecoach, spécialisée dans le transport par autocar présente au Royaume-Uni, en Amérique du Nord et en Europe continentale. Professionnelle du low-cost, elle affiche fièrement sa promotion phare de billets de bus à 1 € sur ses autocars qui parcourent les routes.

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Tous ces petits achats, accords, alliances ou sous-traitance, provoquent une concentration du marché en plein boom par trois opérateurs : Ouibus, Isilines et Flixbus. Une situation qui pousse beaucoup à craindre l’augmentation inévitable des prix des billets de bus, c’est en effet le premier impact qui se fait ressentir sur les consommateurs. Si désormais il est plus difficile de trouver des billets à 1 € ce n’est pas chose impossible, il suffit de savoir comment s’y prendre et où chercher, Busbud a d’ailleurs mis au point un compte Twitter pour les détecter. Pour les bonnes affaires, elles sont toujours présentes, profitez-en !

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Sources :

https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2015/8/6/EINX1426821L/jo#JORFSCTA000030978566
http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/09/14/les-cars-macron-font-le-plein_4997735_3234.html
http://www.connexiontt.com/flixbus-stoppe-la-sous-traitance-avec-megabus-france/
http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/bus-longue-distance-l-allemand-flixbus-met-la-main-sur-des-activites-de-megabus-com-29-06-2016-5924889.php
http://www.lesechos.fr/monde/europe/0211295653383-car-monopole-en-vue-sur-le-marche-allemand-2028228.php
https://bitcoin.fr/qu-est-ce-que-bitcoin/
http://www.lejdd.fr/Economie/Un-an-plus-tard-la-concentration-express-des-bus-Macron-801199
http://www.mobilicites.com/011-5168-Isilines-etoffe-son-reseau-et-noue-un-accord-avec-voyages-sncf-com.html
http://www.mobilicites.com/011-5294-isilines-propose-le-paiement-en-bitcoin.html
http://www.starshipper.com/fr/actualites/les-32-pme-de-starshipper-rejoignent-le-reseau-ouibus_i63
http://www.arafer.fr/wp-content/uploads/2016/09/Bilan-trimestriel-ARAFER-TLO-T2-2016.pdf
http://www.gouvernement.fr/action/le-projet-de-loi-pour-la-croissance-l-activite-et-l-egalite-des-chances-economiques