Comment Macron a fait chuter le prix du bus de 43% en moins de 10 mois

En juin 2015, Emmanuel Macron, Ministre de l’Économie du gouvernement français, a fait passer une série de lois visant à stimuler l’économie. Parmi ces réformes, une d’entre elles s’attaquait au marché de l’autocar, très réglementé en France.

Une réglementation archaïque
Essentiellement, cette nouvelle loi permet aux autocaristes français (et d’ailleurs) de relier deux villes françaises distantes d’au moins 100 km. Aussi absurde que cela puisse paraître, cette pratique était auparavant interdite. Certaines compagnies de bus la contournaient en faisant du cabotage, c’est-à-dire des arrêts intermédiaires dans les grandes villes françaises sur leurs lignes reliant une ville française à une ville étrangère (la seule pratique autorisée).

OUIBUS s’est amusé de cette réglementation archaïque en sortant une campagne YouTube plutôt marrante sur le thème des interdits ridicules :

Source : OUIBUS

Une des justifications de cette réglementation était de privilégier le trafic sur les lignes de la SNCF, opérant en situation de monopole d’État sur le réseau ferroviaire régional et national français. Alors que la transport aérien européen a été libéralisé au début des années 90, le train et le bus sont restés relativement protégés par les États, surtout en France.

Si l’intention était noble, assurer un service qui couvrait l’ensemble du territoire à des tarifs raisonnables, le modèle semble avoir vécu. Face à la hausse des prix, à l’inefficacité de certains services et à une utilisation de la voiture toujours plus élevée, certains pays européens dont la France ont décidé d’ouvrir le marché du bus interurbain.

Avant la loi Macron, les trajets principaux des bus français étaient alors les liaisons depuis Paris, Lyon, Bordeaux, etc. vers les capitales et métropoles avoisinantes (Londres, Bruxelles, Amsterdam mais aussi Milan, Cologne ou Barcelone). À des prix relativement faibles, un public varié, composé de voyageurs en sac à dos, de travailleurs immigrés, d’étudiants ou encore de retraités, empruntaient ces lignes pour se déplacer à faible coût.

En planifiant son voyage suffisamment à l’avance, il n’est pas rare de trouver un billet à 1€ (voir le Dollar Bus Club, notre outil infaillible pour trouver tous les billets à 1€ au départ de votre ville).

bus paris lyon 1€
Source : Busbud

Cependant, le marché restait extrêment limité, une portion infime de français voyageait en bus de ville en ville comparé au trafic de la SNCF ou au volume transporté par les voisins allemands, espagnols et britanniques.

La vision d’Emmanuel Macron
Avec l’arrivée de BlaBlaCar dans le paysage et la France qui se retrouve quasiment en position de leader mondial du covoiturage, on a du mal à comprendre comment le marché du bus interurbain a pu trainer aussi longtemps. L’un explique peut-être l’autre.

Emmanuel Macron, que Slate surnommait le YouTuber de la politique française et qui est régulièrement vu en compagnie des personnalités de la French Tech, a décidé de décadennasser le marché

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Source : Le Petit Journal

Inspiré par l’Allemagne où le marché de l’autobus interurbain s’est développé à une vitesse fulgurante, le ministre de l’Économie française a donné un coup de pied dans la fourmilière en ouvrant le marché intérieur cet été.

La loi Macron n’est pas accueillie par tous avec le même enthousiasme, certains craignent pour la survie de certains services de TER (Train Express Régional). Mais elle garde certaines limites, par exemple elle ne permet pas encore aux compagnies de bus de concurrencer la SNCF sur des trajets intérieurs de moins de 100 km (contre 50 km ou 1h minimum en Allemagne).

Un marché du bus qui s’envole
Les différents acteurs de l’autocar en Europe étaient sur les dents face à un marché au potentiel énorme. La plupart des joueurs avaient déjà leur stratégie d’expansion toute prête. OUIBUS (ex iDBUS, filiale de la SNCF), Eurolines France et son nouveau poulain isilines, Megabus et Starshipper ont sorti la grosse artillerie très rapidement.

iDBUS et Eurolines ont décidé d’approcher cette ouverture en repensant complètement leur marque. OUIBUS est le nouveau nom d’iDBUS, tandis qu’isilines est la petite soeur d’Eurolines, une marque déjà bien implantée dans la plupart des pays d’Europe.

D’emblée, les nouveaux-venus ont tenté de rejoindre un nouveau coeur de cible, la génération des Millenials, ces jeunes sans voiture, dont on décrivait la tendance pour le voyage en autobus dans cette infographie. OUIBUS déclinait une nouvelle série de vidéos très réussies, avec notamment Anna l’ado de Lyon qui s’en allait écumer les karaokés de Marseille en OUIBUS :

Source : OUIBUS

L’allemand FlixBus, apparu il y a quelques années et devenu un acteur incontournable du marché européen grâce à une exécution rapide et une stratégie de prix aggressive, est également entré sur le marché français. Tandis que les marques espagnoles ALSA et Linebus bénéficiaient tranquillement de la hausse du volume de passagers sur les liaisons transfrontalières entre Marseille, Montpellier, Toulouse et Barcelone par exemple.

flixbus en france macron
Source : FlixBus

Nouvelles lignes, nouveaux services à bord, promotions aggressives, campagnes marketing à gros budgets, les parts de marché sont chères mais le gâteau ne cesse de s’agrandir. Fin septembre, le ministre annonçait que 250.000 passagers avaient été transportés entre août et septembre, plus du double par rapport à la même période un an plus tôt.

Capital.fr annonçait en janvier que 759.000 passagers avaient été transportés en 2015, OUIBUS en tête avec 276.000 passagers et 250.000 pour isilines. Le total annuel des années précédentes atteignait à peine plus de 100.000 passagers !

Le ministre, en visite dans une usine d’autocars, annonçait dans la foulée que 75 destinations avaient été desservies, avec une trentaine d’autres dans le viseur pour la fin de 2015. Il évoquait également la création de plusieurs milliers d’emplois, directs et indirects.

macron isilines
Source : BFMTV

La guerre des prix
Derrière cette hausse spectaculaire du nombre de passagers, une autre donnée semblait devoir inévitablement évoluer : le prix du voyage. La France partait de loin, avec des prix relativement élevés, notamment face à la concurrence des vols low-costs européens (que vous pourrez comparer avec notre nouvel outil busvsplane.com) et du covoiturage de plus en plus accessible.

Chez Busbud, en tant que comparateur de prix très pointilleux sur la qualité de l’info affichée à nos utilisateurs, nous avons décidé d’analyser la masse grandissante de données à notre disposition. Nous travaillons depuis longtemps avec tous les opérateurs mentionnés dans cet article et aidons les voyageurs étrangers mais aussi locaux, à comparer les différentes offres pour choisir celle qui leur convient le mieux.

Pour notre analyse, nous avons séparé les routes intérieures, spécialement visées par la loi Macron, des routes internationales. Nous avons utilisé la puissance des dizaines de milliers de voyageurs qui font des recherches tous les jours sur Busbud. Nous stockons les résultats de ces recherches et pouvons les analyser ensuite.

Après avoir trituré nos bases de données dans tous les sens, un constat s’impose : le prix moyen du billet en France a baissé de plus de 37% depuis le mois de mai !

prix moyen billet de bus france
 

Puisque nous avons utilisé la moyenne du prix du billet mais qu’entre-temps la couverture et l’offre de trajets a changé, s’orientant vers des routes plus courtes notamment, nous avons introduit la durée moyenne par trajet dans l’analyse. Après tout, la baisse du prix était peut-être due à des trajets plus courts en moyenne.

prix bus france
 

Même en incluant la durée du trajet et en utilisant une mesure du prix par heure passée dans l’autocar, l’analyse est la même, avec une chute du prix de 43% cette fois ! La raison pour laquelle nous avons utilisé la durée plutôt que le prix au kilomètre est qu’il est compliqué de connaître le trajet exact emprunté et les kilomètres parcourus par les autocars tandis que les heures de départ et d’arrivée sont simples à utiliser.

Le mode de transport le moins cher (pour le moment)
Le prix du bus a atteint un tel plancher qu’il est devenu le mode de transport le moins cher du marché. Moins cher que le train et l’avion bien sûr, mais aussi souvent moins cher que l’offre de covoiturage, comme le mentionnait Les Échos. Même si la voiture partagée peut être plus rapide et offrir un trajet de porte à porte, les autocaristes mettent de l’avant leurs services à bord comme le WiFi et les toilettes.

Une simple recherche sur Busbud pour un trajet populaire comme le bus entre Paris et Lyon pour la journée du lendemain montre que 5 compagnies font la connexion (OUIBUS, Eurolines, isilines, FlixBus et Megabus) pour un prix allant de 9€ à 32€. Le même trajet pour la même journée coûtera entre 22€ et 42€ sur BlaBlaCar et Capitaine Train propose des trajets de TGV entre 75€ et 133€.

Sur les trajets internationaux, la baisse est également présente, bien qu’un peu moins spectaculaire. Le prix moyen de l’heure d’autocar entre les villes françaises et les villes espagnoles, italiennes, allemandes, belges et britanniques a baissé de 25%.

prix bus routes internationales france
 

Emmanuel Macron parlait de 75 destinations desservies au mois de septembre, nous avons analysé les recherches faites par les utilisateurs de Busbud et pouvons confirmer la tendance. En moins de 10 mois, le nombre de destinations accessibles a plus que doublé. Des villes comme Quimper, Amiens ou Brive-la-Gaillarde sont apparues sur le radar des opérateurs.

Certaines compagnies commencent même à offrir des destinations spécifiques pendant les périodes de vacances, comme OUIBUS qui va desservir L’Alpe d’Huez, Les Deux Alpes et trois autres stations de ski dans les Alpes pendant les mois de février et mars.

nouvelles destinations bus france
 

Afin de mettre en perspective cette baisse des tarifs en France, nous avons également analysé l’évolution des prix dans d’autres marchés. Busbud offre le plus grand inventaire de trajets de bus au monde, avec une présence internationale dans des marchés tels que le Brésil, les États-Unis, le Canada, le Mexique, l’Espagne et beaucoup d’autres.

En Amérique du Nord, l’autocar jouit également d’une belle popularité avec un regain d’intérêt de la part de la génération Uber qui n’a pas envie de s’encombrer d’une voiture, mais aussi à cause d’un réseau ferroviaire peu développé et des marques comme Greyhound et Megabus qui se modernisent.

Depuis le mois de mai, les États-Unis ont enregistré une baisse de 14% du prix horaire et le Canada une baisse de 8%. Une baisse qu’il faut peut-être attribuer en partie à la saisonnalité.

prix bus usa
 
prix bus canada
 

L’Espagne, qui pratique les prix les plus élevés parmi les marchés que nous avons analysés, a quant à elle enregistré une baisse de 18%.

prix bus espagne
 

Au Brésil, pays où le voyage en bus est roi, avec une offre ultra diversifiée et de plus en plus mature, le prix moyen de l’heure d’autocar s’est apprécié de 14%.

prix bus brésil
 

Alors qu’au mois de juin 2015, la France était en queue de peloton avec un prix horaire moyen de 4,8€ , en mars 2016 c’est désormais le pays où le bus est le moins cher avec 2,7€ par heure !

comparaison prix bus
 

Profitez-en tant que ça dure !
Une grande part de cette baisse subite est évidemment attribuable à la guerre des prix que se livrent les opérateurs. Il est très important pour les entreprises de remporter des parts de marché dès que possible quitte à faire des pertes. Il faut attirer le client chez soi et le garder à tout prix.

Il est illusoire de croire que les prix resteront aussi bas très longtemps. Selon la presse française, la rentabilité et le remplissage des bus restent mitigés, les compagnies sont obligées d’investir fortement dans leur offre et dans les promotions, au dépens de leur rentabilité immédiate.

On peut penser qu’à moyen terme, les prix ressembleront à ceux d’un marché plus mature tel que l’Allemagne, où là aussi, les profits restent encore très minces. Cependant, la concurrence de la SNCF et de BlaBlaCar, l’efficacité grandissante des opérateurs et un prix plancher du pétrole, assurent tout de même de beaux jours au voyage en bus à bas prix.

Pour le moment, la compétition est féroce et va le rester pour quelques années au moins, avec encore plus de billets à 1€ qui continueront à fleurir sur le Dollar Bus Club. Profitons-en tant que ça dure !